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vendredi 1 juillet 2011

La PNH ciblée et anémiée, les bandits requinqués

67 personnes ont été tuées par balles entre le 1er mai et le 21 juin 2011. La police, privée de ressources adéquates par le gouvernement démissionnaire qui liquide les affaires courantes, peine à damer le pion aux bandits.
Haïti: L'odeur de formol et de cadavre est atténuée dans le bureau du responsable de la morgue de l'HUEH où un vieux climatiseur ronronne. Sur un fauteuil, une femme dans la quarantaine, lunettes sur le nez, plume rouge et règle en main, trace, cherche de la place dans le cahier d'admission. Les « semeurs de morts » ne chôment pas. « Du 1 mai au 21 juin 2011, 67 personnes ont été tuées par balles dans divers communes de la zone métropolitaine. Un seul jour, le 9 mai, on a reçu 6 cadavres. Cité Soleil remporte la palme », conte-elle, avec ccrochées à un pan de mur derrière elle, une photo de Jésus les bras grands ouverts, celle du Che et une citation imprimée sur une feuille blanche passablement froissée : « On mourra tous un jour, mais seul Dieu sait quand et comment ».
Seul Dieu savait que le nom de l'ingénieur Yves Dorvil, cadre de l'office national du cadastre, professeur à l'université, abattu de sang froid à Delmas 9, mercredi 29 juin en début de soirée allait être inscrit dans ce « cahier funeste » au milieu de nombreux anonymes dont la mort n'a pas fait de vague dans la presse. Le président Michel Joseph Martelly, comme pour Guyto Toussaint le 12 juin, condamne l'assassinat de M. Dorvil et réclame l'ouverture d'une enquête. « Je demande l'ouverture d'une enquête », confie-t-il avant de se rendre à St Kitts et Nevis à une réunion de la CARICOM.
Cependant, si le chef de l'Etat annonce « la fin de l'impunité », sur le terrain la prévention des actes criminels connait une baisse de régime illustrant l'inefficacité des forces préposées à la sécurité publique : la PNH et la MINUSTAH. « La police est invisible. Les bandits volent et tuent en toute impunité », fulmine un homme d'affaire de Pétion-Ville.
« Chaque soir, à Pétion-Ville, on abat des murs, on défonce et cambriole des magasins. C'est un signe évident que la ville est livrée », ajoute-t-il. « C'est désolant. Quand on appelle la police, on vous répond qu'il n'y a pas de véhicules », se plaint-t-il.
« Le commissariat de Pétion-ville compte 18 véhicules dont 10 sont en panne actuellement », confirme un policier sous couvert de l'anonymat. Le moral des troupes n'est pas au beau fixe, confie-t-il, quelques jours après l'application de mesures conservatoires contre le commissaire de Pétion-ville Vanel Lacroix et de cinq policiers dans une scabreuse affaire d'un détenu mort en garde à vue.
Sous couvert de l'anonymat, un cadre de la PNH explique une partie du problème. « Les suites aux réquisitions pour acheter du matériels, réparer des véhicules, du carburant sont données au compte-goutte par le ministère des finances », indique-t-il, rappelant que la police ne peut pas souffrir de manque de fonds à cause de la transition politique, d'un gouvernement qui liquide les affaires courantes. « 105 véhicules qui devraient être dans les rues pour patrouiller, réaliser des opérations, sont cloués au garage. Je ne parle de ceux qui seront bientôt inutilisables à cause de problèmes de pneus », ajoute-t-il, déplorant le temps perdu et l'irresponsabilité des uns et des autres dans le processus visant à installer un nouveau gouvernement.
« C'est ça une partie de la réalité », souligne-t-il, sans négliger les luttes d'influences de certains proches du président Martelly pour jeter le discrédit sur le commandement. « On veut monter que le commandement est incompétent. Et tous les moyens sont bons », déplore cette source sous le couvert de l'anonymat.
« Ce n'est pas nouveau. Le flou, les conflits dans la chaine pénale ont des répercussions sur la sécurité du public », relève Réginald Delva, spécialiste en sécurité publique. « On accuse des retards dans la liquidation des affaires courantes et les réseaux de criminels liquident les maigres ressources humaines du pays », se désole le responsable de Alerte Haïti.
Le président Michel Joseph Martelly, le 14 mai 2011, avait fait la promesse de combattre l'insécurité. « Je vous renouvelle ma confiance, ressaisissez-vous », avait lâché le président à l'attention des autorités policières et judicaires. Mais, entre-temps, le temps passe et d'autres forces politiques réclament un partage de poste, un partage de responsabilité en Haïti où les réquisitions pour les dépenses courantes de la PNH sont décaissées au compte-goutte alors que les bandits ouvrent les vannes, font couler le sang...
Entre-temps, à la morgue de l'HUEH le cahier est là. Et Dieu seul sait qui sera la prochaine victime des chevaliers de l'apocalypse...
Roberson Alphonse
ralphonse@lenouvelliste.com
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=94441&PubDate=2011-06-30

Commentaire
Nihil novum!N'est-ce pas ce qui se fait généralement? Qu'est-ce qu'il y a là à souligner? Le seul petit problème, c'est que tandis que ce peuple s'enfonce dans le précipice, d'autres chantent, et ils sont nombreux à le faire dans toutes les sphères de la vie publique de ce pays anémié. En attendant l'occasion de danser...Sommes-nous un peuple sans honneur? C'est vrai que toute généralisation est un risque, mais...Après le tremblement de terre, on devrait s'attendre à un réveil aussi décisif que la catastrophe qu'il a provoquée. Et pourtant...la (sur)vie continue tranquillement.

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