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dimanche 5 juin 2011

L'édito

Vitesse ou précipitation ?

Haïti: Le processus de ratification du choix de Daniel Gérard Rouzier comme Premier ministre, stoppé au Parlement en raison du problème posé par la contestation soulevée lors de la publication de l'amendement constitutionnel dans le journal officiel Le Moniteur, sera relancé lundi avec l'ouverture de la session extraordinaire convoquée par le président de la République. Le chef de l'Etat rassure qu'une solution sera trouvée sous peu sur l'épineuse question de la publication de la version originale du texte de l'amendement voté par l'Assemblée nationale le lundi 9 mai 2011.

La vitesse V avec laquelle Michel Joseph Martelly avait initié son travail immédiatement après son investiture laissait croire que le processus de ratification du choix du Premier ministre désigné n'était susceptible d'aucun obstacle dans les deux Chambres du Parlement. La saga provoquée par le dossier de l'amendement constitutionnel ainsi que la crise électorale du second tour des dix-sept députés et deux sénateurs contestés ont servi de garde-fous aux parlementaires regroupés au sein du GPR pour bloquer le processus. Les négociations engagées par l'équipe du président de la République avec les parlementaires de INITE font croire que tous les obstacles ont été levés en ce qui a trait à la formation du cabinet ministériel et à la ratification du choix du Premier ministre désigné.
Si la bande à Joseph Lambert a lâché du lest dans la formation du cabinet ministériel, ce n'est pas un bon signe pour la santé de la démocratie. Avec une quarantaine de députés et 16 sénateurs, INITE peut prouver par tous les moyens sa capacité de nuisance comme bloc politique majoritaire dans les deux Chambres du Parlement. Si l'équipe au pouvoir veut changer la donne, il lui faut construire un bloc à la Chambre des députés avec plusieurs groupes minoritaires qui lui sont proches et mettre le cap sur l'organisation du tiers du Sénat en novembre prochain afin de changer la configuration à la Chambre haute. Dans l'immédiat, l'équipe au pouvoir a intérêt à intégrer le GPR dans la formation du gouvernement.
A partir du deuxième lundi de juin, l'Assemblée nationale doit procéder à l'ouverture de la deuxième session annuelle du Parlement. Traditionnellement, cette session est consacrée à l'élaboration, à l'analyse et au vote du budget. Ce sera le premier test du gouvernement de Daniel Gérard Rouzier s'il obtient la bénédiction des deux Chambres. Qu'il s'agisse des bureaux des deux Chambres, des présidents des commissions permanentes ou de la conférence des présidents, le bloc INITE est incontournable.
Les rapports entre les pouvoirs exécutif et législatif pendant les vingt dernières années ont été à l'origine de toutes les crises politiques qu'a connues le pays. L'exécutif bicéphale introduit dans la Constitution de 1987 augmente de façon considérable les pouvoirs des parlementaires que l'on n'avait pas connus dans les Constitutions antérieures. Martelly, peut-il ignorer le groupe majoritaire ? Quel mécanisme pourra-t-il mettre en place pour éviter les tracasseries des parlementaires consistant à convoquer le Premier ministre et les ministres incessamment au Parlement ?
Lemoine Bonneau
bonneau@lenouvelliste.com
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=93363&PubDate=2011-06-03

Commentaire
Martelly ne peut pas éviter les tracasseries évoquées à moins de basculer dans l'autocratie. Préval lui-même a cédé à la tentation au moins une fois, ne l'oublions pas. Et cela nuit à la démocratie. Mais il ne faut pas non plus négliger le jeu subtile des deux camps. L'un, celui de Martelly, sonde le terrain pour voir jusqu’à quel point il pourrait tirer profit du vague constitutionnel que représente la copie frauduleuse du dernier amendement (de la constitution) de Préval. Martelly n'ayant pas apparemment provoqué cette fraude, il ne croit pas devoir être considéré coupable s'il en tirait profit. L'autre, le camp contestataire-prévalien, pense tirer le maximum de profits possibles soit en faisant accroire qu'il veut une correction de la fraude (dont il ne perçoit le désavantage pour cette bande qu'a posteriori), soit en obtenant des ministres pour asseoir sa base dans le coeur même du nouveau gouvernement, ou mieux encore, les deux. C'est donc un petit jeu où ce qui importe, c'est l’intérêt de chacune des deux bandes et non celui de la nation. La mauvaise foi, elle est des deux côtés. Le reste ne semble qu’épuisement inutile d'encre et de papier.

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