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vendredi 8 octobre 2010

Haïti: la république des ONG

Edmund Mulet, le représentant spécial de l'ONU en Haïti et chef de la MINUSTAH, est d'un naturel calme et posé. Il a traversé de rudes épreuves comme opposant au Guatemala où il a été emprisonné. Négociateur impliqué dans les processus de paix en Amérique centrale, il sert l'ONU depuis une décennie. Il y représente la quintessence de son corps diplomatique. Au cours des dernières années, j'ai eu la chance de le rencontrer et de discuter longuement avec lui. Jamais un mot plus haut que l'autre. Sur Haïti, visiblement, il est exaspéré. Il ne mâche pas ses mots. Dans un entretien accordé à l'agence Reuters la semaine dernière, M. Mulet regrette que les milliards de dollars investis en Haïti depuis longtemps n'aient eu «?aucun impact sur l'État de droit?». «?Cela doit changer?», insiste-t-il. Il reconnaît que la communauté internationale, inquiète des risques de corruption et d'instabilité politique, est responsable d'avoir affaibli le gouvernement haïtien et d'avoir fait du pays une «?république des ONG?» en créant des «?structures parallèles dans l'éducation, la santé et toutes sortes de secteurs que les Haïtiens eux-mêmes devraient assumer?». Pour le diplomate, «?nous devons changer notre manière de travailler en Haïti?» et «?oeuvrer avec le gouvernement et les institutions en place.?»


L'attaque est frontale. Est-elle justifiée?? Edmond Mulet est un témoin privilégié et crédible. Il était déjà en Haïti comme représentant spécial de l'ONU entre 2006 et 2007, avant les ravages du tremblement de terre, avant que l'industrie des bonnes causes ne s'installe pour apporter le bien. Il constate, et ce qu'il voit ne lui plaît pas. Il reprend, à sa manière, l'adage voulant que l'enfer soit pavé de bonnes intentions. Les Haïtiens sont exclus, ils n'ont pas voix au chapitre. Les quelque 10 000 ONG présentes en Haïti et les représentants des organisations internationales et des gouvernements étrangers font la pluie et le beau temps. Ils ont créé un état de dépendance envers l'aide étrangère qui favorise l'irresponsabilité et l'inertie. La reconstruction est mal partie, elle risque de dérailler. La mise en oeuvre des projets est lente, plus d'un million de sinistrés vivent toujours dans le dénuement, et la campagne électorale apporte chaque jour son lot de frustration.

Les interventions internationales en Haïti depuis 1990 ont souvent fait l'objet de critiques sévères. Ainsi, en 2003, une évaluation de l'ACDI sur l'intervention canadienne dans ce pays entre 1994 et 2002 afin de former la police nationale et de moderniser les institutions judiciaires et politiques a conclu à l'inefficacité de plusieurs programmes d'aide en Haïti. En particulier, les résultats obtenus après quelque 60 millions de dollars d'investissement dans l'aide à la gouvernance et au développement de la démocratie ont fortement déçu.

Edmond Mulet serine un air déjà connu. Sa dénonciation de la république des ONG est sans doute sévère, car, après tout, ces dernières font un travail nécessaire dans un pays où 30?% des fonctionnaires et des cadres étatiques ont péri dans le tremblement de terre de janvier dernier. Pourtant, nous aurions tort d'ignorer son constat. Le contexte est aujourd'hui différent d'il y a une décennie. La volonté internationale et l'aide financière sont présentes afin, non de tout changer, mais d'offrir un espoir aux Haïtiens. Quelque 10 milliards de dollars ont été promis pour la reconstruction, et un ancien président américain porte le flambeau de cet effort. Cela ne se représentera pas. D'où la nécessité de bien écouter Edmond Mulet et de réfléchir sérieusement à l'avenir de Haïti, avec les Haïtiens.

Cyberpress

http://www.caraibesfm.com/index.php?id=6905

Commentaire
Ne le dit-on pas tous les jours, ne le comprend-on pas encore qu'Haïti est dans un état pitoyable de dépendance tel que chaque hirondelle peut y faire son printemps. Ce n'est plus un pays, et ce, depuis longtemps car ce qui fait qu'un pays le soit n'y existe pas. Un état, un gouvernement qui travaille pour le bien de la majorité, un peuple qui reçoit l'orientation d'un chef, des collaborateurs de ce chef, ...bref ce qui justifie l’existence de fonctionnaires payes par les habitants d’un pays pauvre, cela, ça fait longtemps qu'on ne le voit pas. C'est un lieu peuplé de gens qui se défendent chacun comme il peut. Nous aurions souhaité le contraire, mais malheureusement, M.Mulet a raison!

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